LE DORMEUR

Posté par rabelaisblog le 5 janvier 2011

  Je courais dans un grand champ de maïs. Les épis m’arrivaient jusqu’aux genoux. A qui appartenait ce champ? Je ne le savais pas. Mais j’étais en train de ruiner tout le travail. Je m’en voulais mais je n’avais pas le choix. Quand on a l’ennemi aux trousses, on court, et on ne réfléchit pas sur quoi on marche. D’ailleurs, c’était le régiment auquel j’appartenais qui aurait dû poursuivre l’ennemi. Pas le contraire. Mais ça a mal tourné. On devait faire une « attaque surprise », mais l’ennemi était préparé. En sous-effectif, on a du fuir. La majorité des soldats avait été  tuée ,explosée ou  brûlée. Quelques survivants, comme moi, avaient fui. Ce qui n’était pas mieux car on allait être qualifiés de déserteurs.

 Cela faisait une demi-heure que je courais. J’étais éreinté, et j’avais perdu mon binôme. Mon binôme? Dans mon régiment, on avait décidé de se mettre par groupe de deux. Ton binôme est ton meilleur ami, ton espoir, une aide, ta nouvelle famille, une bouée de sauvetage dans un océan. Si tu perds ton binôme, tu peux vraiment commencer à t’inquiéter. Ton binôme, c’est ce qui te donne le courage de te battre, de ne pas te laisser mourir. Je n’avais plus mon binôme. J’étais un soldat seul contre une guerre entière.

 Il fallait que je me repose. Je levais la tête de mes chaussures pleines de boue, et regardais devant moi. Il y avait un bois à environ 500 mètres. Pas très épais, mais c’était quand même un bois. Je décidais donc de m’y cacher. Je pris mon élan, et courus encore plus vite. Mon sac tapait contre mes reins, mes chaussures glissaient, et le soleil cognait contre ma nuque. Je commençais à voir trouble, tellement j’étais fatigué. Plus que quelques pas, et je serais à l’abri. C’est bon. Mais je ne m’arrêtais pas directement. Je fis encore 200 mètres vers la gauche, pour qu’on ne puisse pas me retrouver. Après quelques minutes, je débouchais dans une clairière. Soulagé, je me posais dans un coin à l’ombre. Il faisait doux. J’enlevais mon sac, et bus un peu d’eau de ma gourde. Je m’allongeais quelques minutes, puis me relevais . Je regardais autour de moi, et ce que je vis me surprit. Un soldat était allongé dans l’herbe, près d’un ruisseau. Le soldat avait enlevé ses chaussures, et avait la tête sous son casque. Il avait l’air paisible.

 Cette scène m’attendrit beaucoup. Tout simplement, un homme quelconque, qui dormait, dans un petit paradis. La rivière coulait en faisant de petits clapotis. Le manteau du soldat était accroché aux herbes folles. Son casque, qui recevait des rayons de soleil, donnait un bel effet argenté. Au loin, les montagnes souriaient. Le soldat était comme sur un nuage, et il échappait à la guerre. Il avait la nuque dans des plantes vertes, les pieds dans toutes sortes de fleurs. Des tulipes, des glaïeuls, des iris. Tout était beau, tout était simple. Les oiseaux chantaient, les papillons dansaient. Le bruit des grillons résonnait comme un orchestre. Doucement, je m’approchai de la beauté, de l’espoir. Je soulevais le casque du soldat, et ce que je vis me remplit de bonheur. Ce soldat qui dormait, qui souriait comme un enfant, était mon binôme. Tout était beau, tout l’espoir était là. Je baissais les yeux, profitant de mon bonheur, et ce que je vis me tua me détruisit, m’anéantit.

 An niveau des côtes droites, je vis , sur son torse, deux trous rouges profonds.

Extramiana Cécile, 3ème3

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Une Réponse à “LE DORMEUR”

  1. lryf dit :

    Très beau texte Cécile. Bravo!

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