UN BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE

Posté par rabelaisblog le 13 novembre 2011

                               Un barrage contre le Pacifique

                      Marguerite Duras     

                       

UN BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE dans AU FIL DE L'EAU un-barrage-contre-le-pacifique

 

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Si ce livre était un chiffre, ce serait le trois. Celui-ci définit Joseph, le frère de Suzanne qui sont tous les deux les enfants de « la mère ».  Tous trois sont le centre de ce livre, l’histoire se déroule majoritairement autour de Suzanne, qui occupe des centaines de pages lors de sa rencontre avec un homme : M. Jo. Ce milliardaire, fils d’un grand planteur dans la plaine, est fou amoureux de Suzanne, qui elle ne s’intéresse en aucun cas à lui. Elle le trouve laid et non-intelligent, comme le dit si bien « la mère »: « Il n’y a que la richesse pour faire le bonheur.  Il n’y a que des imbéciles qu’elle ne fasse pas le bonheur.  Il faut, évidemment, essayer de rester intelligent quand on est riche. » Joseph devient de plus en plus important au cours de l’histoire. A la fin,  »la mère » ne reste en vie qu’avec l’espoir de revoir un jour son fils, qui lui est parti à la ville depuis plusieurs mois déjà avec une femme.  Joseph n’envoie qu’une seule lettre à sa mère durant tout ce temps, celle-ci désespère encore plus en voyant toutes les fautes d’orthographe que fait son fils .

 

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Si ce livre était un aliment, ce serait le riz. En effet cet aliment simple et complexe à la fois représente parfaitement la vie de Suzanne, cette jeune fille de dix-sept ans, qui a pour « mère » une vieille femme à moitié folle et pour frère, Joseph, âgé de vingt-ans environ.   Cette pauvre famille , vivant sur une concession au bord de l’Océan Pacifique, en Indochine Française , n’a que le riz pour seule véritable nourriture . Le narrateur,  nous montre bien à travers certaines phrases, ce que symbolise le riz pour cette petite famille :

« du riz de merde, dit Joseph en riant de nouveau,
ce serait mieux que pas de riz du tout… »

ou encore « le caporal* monta, vit le paquet, le regarda longuement puis posa le riz sur la table  et commença à mettre le couvert ».

* aide domestique, « la mère » paye très peu cet homme sourd.

 

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Si ce livre était un sens, ce serait la vue. Effectivement, ce récit nous fait ouvrir les yeux sur les difficultés de la vie, comme par exemple l’achat d’une concession incultivable (les terres de l’Indochine Française au bord du Pacifique sont envahies par les eaux chaque année) : il a fallu plus de dix ans à « la mère » pour posséder un terrain et faire construire un bungalow au toit persé et dont le sol fait de planches de bois se défait à mesure du temps . On y voit clairement la pauvreté de cette famille, qui ne peut même plus rembourser ses dettes auprès du cadastre.  « La mère » écrit une lettre destinée à Monsieur l’Agent cadastral, cette lettre nous montre son désespoir en faisant allusion au départ de son fils pour la ville :

 » Je suis vraiment très pauvre maintenant et – mais comment le sauriez-vous ? – mon fils, dégoûté de tant de misère, va probablement me quitter pour toujours et je ne me sens plus le courage ni le droit de le retenir. »

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Si ce livre était une fourniture créative, ce serait des pastels secs. La poudre que produisent ceux-ci lorsque l’un d’entre eux est pressé très légèrement contre le papier, représente la terre, cette terre d’Indochine Française au bord de l’océan Pacifique. Tout au long de sa vie, « la mère » va se battre pour faire pousser du riz ou d’autres plantes sur le terrain de sa concession. Les chasseurs et les paysans du village auront eu beau lui dire qu’il était inutile d’essayer des plantations, « la mère » ne cessait chaque année de replanter encore et encore de quoi nourrir sa petite famille. Elle croyait qu’un jour les eaux du Pacifique arrêteraient d’innonder son terrain, mais celles-ci envahissaient année sur année les deux hectares de plantations. « La mère » se mit même à la construction d’un barrage fait de rondins. Ce fut un échec, les barrages ne résistèrent pas à la pression de l’eau. Les crabes mangèrent les restes. « La mère » ne se remit jamais vraiment de cette période de sa vie car elle avait mis la quasi totalité de ses économies dans la construction de ces barrages. Elle en avait même gagné le respect des villageois de la plaine.

 

 

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http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Mangeurs_de_pommes_de_terre

Si ce livre était une oeuvre, ce serait « les mangeurs de pommes de terre«  de Van Gogh de 1885. Cette peinture représente une famille, pauvre et fatiguée; tout comme la « mère » :

« elle avait aimé démesurément la vie et c’était son espérance infatigable, incurable, qui en avait fait ce qu’elle était devenue, une désespérée de l’espoir même. Cet espoir l’avait usée, détruite, nudifiée à ce point, que son sommeil qui l’en reposait, même la mort, semblait-il, ne pouvait plus le dépasser. »  

Une scène particulièrement violente se déroule lors d’un repas. « La mère » ne fait que  se lamenter depuis que tous sont à table: « une saleté de fille comme j’ai là… » dit-elle. « La mère » se met rapidement en colère et frappe sa fille. Elle est persuadée qu’elle a couché avec M.Jo, tels sont ses propres mots : « mais dis-le-moi donc, bon Dieu, et je te laisserai. » Suzanne ne cesse cependant pas de se justifier, elle essaye malgré les coups que lui inflige sa mère de lui prouver qu’elle n’est pas passée à l’acte avec cet homme. Joseph finit par intervenir et envoyer sa mère se coucher; elle est épuisée et choquée par ce qu’elle vient de faire.

 

Pour aller encore plus loin :

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http://fr.wikipedia.org/wiki/Marguerite_Duras

Une adaptation cinématographique a été réalisée en 1958 par René Clément avec Silvana Mangano, Anthony Perkins pour la première fois. En 2008, une deuxième adaptation a été réalisée par Rithy Panh : la bande annonce sur Youtube de l’adaptation de 2008: dans cet extrait, la petite famille paraît riche, ce qui ne correspond pas tout à fait  au livre, d’après la description que nous en fait Marguerite Duras.

Image de prévisualisation YouTube

En trois mots

VULGARITE : en effet cette famille retirée de la ville ne parle pas très bien le français, du moins un français non sous tenu : Joseph ne connaît quasiment que le mot « merde », comme dans la citation pour l’assimilation à un aliment : « Merde, tu le sais bien qu’elle a pas couché avec lui, je comprends pas pourquoi tu insistes ». 

SALETE: les habitants de la plaine vivent dans la saleté, dans la boue, dans la poussière.  Les enfants passent leur temps à jouer dans la terre ou dans l’eau du fleuve: le Rac.  Ils sont tous couverts de poux et peu d’entre eux peuvent prendre une douche tous les jours .

FATIGUE: comme je l’ai expliqué précédemment dans l’assimilation à la vue de ce livre, la petite famille est fatiguée, non seulement à cause de « la mère » qui empêche ces enfants de vivre mais à cause des voyages qu’ils font régulièrement à la ville, notamment pour vendre le fameux diamant que M.Jo a offert à Suzanne lors d’une de ses visites au bungalow.  « La mère », dès le diamant en sa possession, en a profité pour le vendre. Une fois de plus, elle s’est épuisée à parcourir la ville toute entière à la recherche de diamantaires.

Un autre titre

si je devais changer le titre de ce roman, je l’appellerais :Espoir.  En effet, ce livre n’est basé que sur l’espoir. L’espoir de voir enfin une voiture arriver sur la piste devant le bungalow pour chercher Suzanne et l’emmener loin de cette concession misérable. L’espoir de la mère pour la construction des barrages, ou encore l’espoir d’une réponse à ses lettres envoyées au cadastre.  Quant à Joseph, lui, attend aussi qu’une femme tombe en panne devant le bungalow pour qu’il puisse réparer sa voiture  et ensuite s’échapper avec elle. Mais il sait très bien qu’aucune voiture ne viendra. Mais tous espèrent.

Une autre image pour la première de couverture :

« Espoir »

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(source: http://lintz.chez-alice.fr/espoir.JPG)

Cette image représente une bouteille avec message, ce message serait par exemple :

il ne sert à rien d’espérer, ni de rêver, mais il sert d’agir.

Cet objet flottant dans l’eau, qui pourraient être les eaux du Pacifique est la première de couverture idéale selon moi pour ce livre et non l’affiche du film de Rithy Panh, même si les deux ont tout en commun.

Sarah 3°2

5 Réponses à “UN BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE”

  1. Darmica dit :

    J’aime ta lecture cursive et BRAVO !!!!!

  2. Lucie dit :

    je trouve que ta lecture cursive est une vraie réussite …

  3. Amélie dit :

    Moi aussi je l’aime bien.

  4. Sarah dit :

    Merci c’est très gentil à toi Margot :)

  5. Margot 5 8 dit :

    J’aime beaucoup ta lecture cursive

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