Mr P. Chapitre I

Posté par rabelaisblog le 6 mai 2012

Cher Rablauteurs, je vous observe depuis longtemps et j’ai décidé de rentrer aujourd’hui dans la danse. Je vous propose donc pour commencer les hostilités, une saga que j’espère vous aurez plaisir à lire. Je me promets de publier un chapitre par semaine, si je tiens le rythme. Quant à mon identité, elle restera secrète tant que vous ne m‘aurez pas démasqué ! Si le jeu vous plaît, je vous ferai parvenir des indices codés histoire de rendre l’aventure encore plus palpitante. Bonne chance. 

 

           Mr P. Chapitre I dans RECITS mrp-chapitre-1blog     Il faisait sombre ce soir-là. Les rues inondées de ténèbres  donnaient une touche lugubre au labyrinthe fracassant. Le trottoir vibrait sous les pas des rares âmes obscures, déambulant sans buts dans le dédale écœurant des allées, des rues, des avenues, des boulevards, qui formaient la toile étroitement tissée de la prestigieuse cité d’Avhèrs. Seul l’éclat de la lune semblait donner à ce tas de métal bétonné et goudronné, un semblant de naturel. Et encore. Le pâle satellite avait connu de nombreuses transformations au cours du 22ème siècle.  

                Il est minuit moins dix. Ça va bientôt commencer.  Le stade domine la ville, ses projecteurs saturent l’atmosphère de rayons aveuglants. Dans dix minutes, la ville toute entière acclamera d’une unanime voix l’arrivée de leurs héros. Leurs dieux, les prophètes de l’ordre du concombre, qui a l’occasion de chaque 28 décembre, ne se privent pas de se donner en spectacle aux yeux  éblouis du peuple,  source de leur pouvoir. Source de la crédulité la plus économiquement idéale qu’il soit possible d’imaginer.      
                Dans cinq minutes à présent, le cœur de tous les hommes, de toutes les femmes, des enfants, celui des morts comme des vivants, celui de ceux qui existent autant que celui de ceux qui n’ont pas ce privilège, bondira de joie à la vue de leurs maîtres. Et il était en retard.

                Ses pas fracassaient les pavés en un rythme saccadé. Son souffle de chien malade devenait de plus en plus court. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, tentant de s’évader. Patrick, c’est comme ça qu’il se fait appeler ici, ne tiendrait plus très longtemps. Un clébard galeux fouille les ordures en quête de raisons de vivre, une voiture éclabousse la chaussée, un oiseau marginal survole le tout, Patrick ralentit. A bout de force, démuni, privé de tout espoir, « C’est fini ! » Se dit-il, « Je n’y serai jamais, malgré TOUT, malgré TOUS ! Les appels à la radio, les tracts dans les rues, les discussions qui ne tournent qu’autour de cet évènement immanquable, que j’ai réussi à oublier…  N’oublie pas de te jeter sous un train en rentrant Pat, n’oublie pas. »

                Il faut que vous sachiez que notre héros souffrait d’amnésie, ce qui ne facilite pas toujours la vie en société. Suivi par nombre de médecins plus ou moins compétents qui n’avaient jamais trouvé – pour le montant de leurs honoraires- de quoi le soigner, Patrick demeurait demeuré. Subsister, tenter d’exister, survivre, sans vivres, ce n’était pas possible. Son pâle revenu trouvait essence dans sa misérable paye d’« agent de l’énergie nationale ». Occuper son temps à pédaler sur son vélo électrique pour alimenter la ville, aussi fatigant que cela puisse être, n’était somme toute qu’une manière comme une autre d’attendre la mort. Seule consolation.

                Le cri de la foule hystérique retentit et déferla jusqu’aux tympans de Patrick, à quelques kilomètres de là. Comme soulevé par cet appel, qui ne pouvait qu’annoncer l’arrivée des prophètes, le cœur de Pat se remit en marche. Sorti de sa torpeur, animé par l’espoir, il se remit en route.

                L’entrée des prophètes déclencha une véritable ovation, de quoi réveiller un volcan. Beaucoup moins disciplinés qu’une bande de pigeons affamés face à une unique miette de pain, le peuple débordait d’une joie aveugle et sans bornes. Les beuglements recouvraient le discours d’ouverture que déversaient les hauts parleurs. Le premier ministre ne se souciait donc que très peu de son discours que personne n’entendrait. Être présent suffisait à faire monter sa côte. Les prophètes prirent les rênes, saluèrent la populace, signèrent des bout de papiers et bien entendu, dévoilèrent la prophétie qu’il avait fallu quatre saisons pour concocter.

L’ordre du concombre tenait son nom  d’un légume des plus banales du siècle dernier. C’est après la 5ème guerre mondiale que les expériences nucléaires couplées au hasard de la mutation génétique mirent au jour une nouvelle espèce de concombre. Une neurotoxine s’était développée au cœur du légume innocent, et lui avait conféré l’inestimable pouvoir de décupler les capacités cérébrales d’une poignée d’êtres humains miraculeusement compatibles. Le concombre devint rarissime, sa valeur dépassa toutes les autres. Un petit groupe de riches bourgeois s’empara du monopole du légume et en tirèrent profit : L’ordre du concombre.

                La culture de la guerre vira de bord. Jusqu’alors, les empires se battaient pour des terres, ou des idéologies. Aujourd’hui, la guerre est une activité sportive respectée et admirée de part le monde. La guerre, ou la solution à tous les problèmes modernes : Le chômage ? Disparu. La criminalité ? Superflue. La surpopulation ? Éliminée. Abominable tournant que prit l’humanité. Laisser les autres mourir sans se plaindre si cela peut améliorer votre quotidien et geindre lorsqu’il s’agit de passer sous la faucheuse. Pleurer les défunts, « Oh mon dieu, 42 000 morts aujourd’hui ! C’est horrible. Quand cette guerre s’arrêtera-t-elle ? » Au chaud dans son fauteuil, en sachant pertinemment que les guerres se déroulent toujours entre Janvier et Juin, et qu’elles recommenceront l’année suivante.

                Pat arriva à temps pour entendre la prophétie qui allait modeler le destin de tous, au cours des prochains douze mois. Il plongea dans la foule compacte, se fit une place à coup de coudes et remarqua un peu tard, qu’il avait oublié de chausser les souliers adéquats. Il était d’usage de mettre des chaussures renforcées de métal lors de la plupart des événements. Non pas pour une raison esthétique, mais c’est qu’il est très désagréable de se faire piétiner les orteils. Ce n’est pas grave, il rentrerait en boitant.  Un silence striant tomba sur le stade. Le premier prophète prit place sur l’estrade cernée de caméras volantes :

 - Après de longs mois de travail pénible et laborieux, une vérité nous est apparue. L’année qui s’annonce sera gorgée de bonheur, de joie et de prospérité pour chacun de vous ! Mais pour cela, il faudra travailler plus dur encore, cependant votre mérite s’en verra grandement gratifié ! … » Le discours dura bien deux heures complètes, mais l’essentiel avait été dit. Le peuple s’en retourna chez lui satisfait de ce qui lui apparaissait être de bonnes nouvelles. Quelques mots sur la prochaine guerre, des encouragements, des remerciements à quelques grands noms…

                Rares étaient ceux qui raisonnaient encore à Avhèrs, et s’ils se faisaient remarquer, ils étaient étonnamment envoyés au front. Pourtant une poignée de citoyens trouvait bien que les dernières prophéties étaient toutes étrangement ressemblantes, c’est-à-dire creuses et vides. Pat en faisait partie malgré ses défauts de mémoire. Le flot qui se déversait des portes du stade immergea son regard qui scrutait la foule à la recherche d’âmes amicales. Laborieusement, il aperçut la crinière violette de Marc, suivie de la petite tête blonde de Lucile. Ils parvinrent à s’échapper du centre-ville qui était quelques minutes plus tôt  aussi mort que désert et qui se trouvait maintenant grouillant d’agitation. Après quelques minutes de marche, ils s’installèrent dans un petit bar miteux de banlieue. La décoration pittoresque et faussement antique conférait un certain charme à ce trou perdu où les âmes torturées se noyaient dans l’alcool, et où les trois amis aimaient profiter du calme presque palpable. Ils parlèrent en s’assurant de ne pas être entendus :    
– C’est la même chanson depuis deux ans !  Travailler plus. Toujours plus. A quoi bon ?             
– Enfin Marc, tu sais bien. C’est pour nous motiver… tenta Pat             
– Ouais faire grimper notre productivité. Mon cul ! Ça va les rendre un peu plus riches encore, et nous un peu plus pauvres. Améliorer nos conditions de vie ? Veiller à notre santé ? Non, messieurs sont trop propres pour ça. Par contre, se payer de nouveaux missiles à neutron, des chars nucléaires,  des escouades robotisées pour la saison prochaine, ça oui. Un silence s’attabla, ils lui offrirent à boire. Tous savaient bien que cela ne pouvait plus durer. Lucile qui jusqu’alors se contentait d’écouter, ajouta :           
 - Je pense que le concombre se fait trop rare. Ils n’ont toujours pas réussi à le synthétiser, et les plantations sont des plus périlleuses. Le temps des grandes prophéties est fini…

 

Aplégique.  

4 Réponses à “Mr P. Chapitre I”

  1. Alice dit :

    Et Margot m’a dit que tu étais le même personnage qui avait commencé à écrire l’article Eragon ? C’est ça ?

  2. Alice dit :

    Et une dernière question : les indices seront placés directement dans ton histoire ou bien tu nous les écriras dans un commentaire ? :)

  3. Alice dit :

    Bravo !!! Ce début d’histoire est vraiment génial ! Le récit est très prenant et je trouve ta manière de la raconter excellente ! J’ai vraiment hâte de lire la suite alors fais vite s’il te plaît ! ;)

    Même questions que Margot, es-tu un élève voir un adulte ? En tous cas un grand merci de nous avoir fait découvrir à la fois ton talent et ton super roman !

  4. Margot 5 8 dit :

    Franchement, bravo! J’adore ton histoire! Elle est très bien écrite, l’idée de base est géniale, et puis, je peux te dire que moi qui n’aime pas du tout les histoires fantastiques, j’ai adoré le début de la tienne! J’attends avec impatience la suite! :)
    En ce qui concerne ton identité, es tu en 6 eme (ca m’étonnerait mais bon, on peut toujours essayer :) ), 5 eme, 4 eme, 3 eme, 2nd, 1ere?
    Les indices codés concernent bien ton identité?
    Et, si tu es au lycée, déjà, tu étais dans la classe de Mme Ryf, et je n’ai pas grande chance de te connaitre. Peut etre si tu es encore au collège… :)
    A la semaine prochaine!

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