Mr. P CHAPITRES 2 et 3

Posté par rabelaisblog le 13 mai 2012

 

II

 

    Mr. P CHAPITRES 2 et 3 dans RECITS mrp-chapitre-2et3blog        De retour chez lui, dans ce taudis de béton froid, entre ses quatre murs, Pat s’allongea. Son lit n’était pas des plus confortables, mais la plaque de métal rouillé sur laquelle un fin matelas reposait épuisé, suffisait au jeune homme qui aimait s’y enfoncer, et s’égarer dans les méandres nébuleux de son esprit. Constamment à la recherche de réponses, à la recherche de souvenirs, Pat restait des heures à voyager, immobile. Il s’amusait à remonter le plus loin possible le cours d’eau de sa mémoire,  mais toujours il se heurtait à une date bien précise : le 31 octobre 2048, il y a dix ans. A cette époque, il n’avait que seize ans et depuis ce jour, plus rien ne pouvait justifier l’existence de son passé. Sa famille était morte dans un accident d’aéroplane quelque temps plus tard. Ses amis étaient tous partis guerroyer, à tel point qu’il s’était retrouvé seul avec ce trou béant dans le crâne, d’où fuitait son identité. Personne ne pouvait l’aider à se rappeler qui il avait été. Cependant, il se considérait comme chanceux. Jamais il n’avait été choisi par la roulette mortelle qui sélectionnait au hasard les prochains soldats. Après avoir passé brillamment de nombreux examens, ce qui le surprit encore plus que les autres, est qu’il fut l’un des rares à profiter d’aides de l’état. Bien entendu, il s’efforçait de garder secret ces quelques yens de plus par mois, au risque de subir la jalousie de la ville. L’adjectif intelligent avait beau lui coller comme un gant, il n’en comprenait pas moins le pourquoi du comment.

Une bonne étoile semblait veiller sur Pat, malgré qu’il n’en ait jamais vu une ; l’ozone artificielle avait réglé les problèmes à effets de serre, mais la pollution ne manquait pas de ternir le ciel. Ce matin-là, une pluie acide d’un orange fluo lumineux prit d’assaut la cité. Pat dut s’équiper de son parapluie spécifique conçu à base de fibres de carbone tressées et magnétisées qui le protégeait de toutes intempéries corrosives.  Sans quoi, il ne tiendrait pas dix minutes sous le torrent de déchets toxiques. Cependant, ce torrent de lave avait le pouvoir de faire disparaitre jusqu’à la vieille canette écrasée abandonnée au bord de la route. Ainsi malgré une puanteur constante capable d’étouffer les moins aguerris, les rues étaient relativement propres. Il regrettait parfois comme tous ceux de l’ouest de la ville, de ne pas habiter dans les quartiers chics. L’est était beaucoup plus moderne quoique coupé du monde, un dôme protégeait les riches privilégiés de la pollution et diffusait du dioxygène d’une pureté inconnue des habitants extérieurs. Cet air contenait nombre d’antibiotiques destinés à détruire toutes bactéries, les bourgeois ne tombaient jamais malades, ils appelaient ça la ville d’Eden. La route ruisselante sur laquelle Patrick avançait rapidement, trembla soudain sous ses pas. Surpris plus qu’étonné, Pat se retourna en quête d’explication logique, mais il n’y avait personne derrière lui, il était seul. La pluie faisait parfois fuir les plus courageux. Un unique chat isolé le fixait d’un regard ténébreux, immobile tout comme Pat. La plupart des animaux s’était habituée aux déluges et avait après quelques années développé un pelage résistant. Ils ne fraternisaient pas pour autant avec les humains. Une fine pellicule semblait bleuter la vision de Patrick. Au moment où il se fit cette réflexion, un étrange phénomène attira son attention. La pluie ralentissait. Non pas qu’elle s’estompait, mais elle tombait de plus en plus lentement.

Pat fixa du regard une goutte crépitante  s’écrasant sur les pavés. Les éclaboussures ne retombèrent pas. Les gouttelettes restèrent immobiles, suspendues dans les airs. Le chat, la pluie tout était figé à présent. Immuable. « C’est…C’est comme si le temps s’était arrêté… » Pensa Pat stupéfait. Il n’eut pas le temps d’approfondir. Du ciel tomba cinq hommes armés, protégés de boucliers qui englobaient les cinq ombres d’une aura verdâtre. Le jeune homme était encerclé, cinq autres étaient apparus dans son dos. L’un d’eux tira.

 

III

Il rouvrit les yeux laborieusement, fixa d’un regard songeur le plafond de sa chambre, quitta la position horizontale, s’assit sur son lit et tenta de se remémorer les évènements de la veille. Rien. Néant total. Il se dirigea vers la salle de bain d’un pas engourdi et se rafraichit la figure dans l’espoir de retrouver des morceaux de souvenirs au fin fond de son reflet frétillant à la surface de l’eau. Une brume épaisse avait dévoré les dernières vingt–quatre heures. De l’unique fenêtre de la petite case bordélique où vivait Patrick, un rayon de soleil timide se fit brièvement entrevoir entre les nuages de cendre noire. Il se gratta, un insecte avait dû le piquer au bras, il avait une petite marque rouge.

Il escalada quelques livres déchus, abandonnés sur le sol d’aluminium en prenant soin de ne pas les piétiner. Les livres étaient de plus en plus rares. Ils n’étaient pas interdits, mais le monde avait perdu le goût de s’évader, délaissant ainsi l’une des seules portes de secours, ultime ouverture vers de plus vertes contrées. Il saisit un sachet déshydraté de céréales qu’il disposa dans l’hydro-onde. « Diiing » Il se mit à table, et avala sans plus de somations le contenu de son bol. Il avait l’habitude de ces blackouts, de plus en plus rapprochés ces temps-ci. Ce n’est pas grave, Lucile lui raconterait leur journée, comme toujours.

Elle lui compta le récit fascinant d’un mardi de travail comme les autres. Rien n’avait aidé à rendre cette journée mémorable. Elles se ressemblaient toutes. Après une pluie diluvienne, elle avait retrouvé Pat à l’usine. Ils n’avaient parlé de rien, selon la coutume. Au déjeuner cependant, elle le surprit à choisir le sachet de radis en poudre, ce qui fut le seul bouleversement journalier du jeune Patrick.  Etonné par ce geste qui ne lui ressemblait pas ; il ne supportait pas les radis en poudre, il sentit le besoin de dormir, espérant remettre de l’ordre dans ses méninges. Il quitta la table à laquelle il avait retrouvé son amie, s’excusa et se précipita dans son refuge, désorienté. De nouveau seul avec lui-même, en proie à la plus insupportable des questions : « Qui suis-je ? » il se rappela une théorie de Marc. « Si ça s’trouve, quand tu te rappelles de rien, c’est que t’es plus toi à ce moment-là. Mais oui, imagine un peu : Tu vis ta vie, lorsque soudain, une autre personnalité refoulée surgit de l’ombre et te remplace. Bah les souvenirs de ce deuxième toi vont dans une partie de ton cerveau dont seul le Patrick obscur à la clé. » Pourquoi pas. La schizophrénie est encore aujourd’hui bien mystérieuse mais Pat ne prenait pas au sérieux cette hypothèse qui avait un grand succès auprès de ses collègues. « Très romanesque tout compte fait, le héros torturé par son double démoniaque… je pourrais écrire un bouquin là-dessus. , pensa Pat avant de se rappeler la condition d’écrivain. Il s’allongea et se laissa  dériver rapidement vers un sommeil des plus profonds.

Orange, puis bleu et soudain noir.

Au réveil il fut d’abord surpris d’avoir dormi si longtemps, dehors il faisait nuit. Il devait être épuisé ; bien que, pendant cette journée, il n’ait fait que manger, parler et penser, il n’était pas resté plus de deux petites heures éveillé. Immobile sur son sommier, il fit un rapide tour dans sa jungle mentale. Pas de nouveau trou noir, mais plutôt une lumière. Les rarissimes fois où il se rappelait de ses rêves, ceux-ci étaient toujours flous, incomplets, et absurdes. Celui-là ne fit pas exception. Simplement un enchainement de couleurs et de formes. Suffisamment intrigué pour vouloir comprendre d’où lui venait ce rêve, il décida de tirer le fil et de voir ce qui suivrait.

Le commerce de la drogue était l’une des activités économiques les plus florissantes. La plupart des badauds dépensaient le peu qu’ils avaient en cryptoflop, une drogue bon marché qui facilitait les échanges entre le conscient et le subconscient. Autrement dit, qui faisait rêver. Ces substances avaient beau être néfastes, leur consommation demeurait légale et même encouragée. Ainsi ce ne fut pas compliqué pour Patrick, au milieu de la nuit, de se rendre à un distributeur comme il y en avait à tous les coins de rue. Jamais il n’avait touché à ces abominables psychotropes qui ne pouvaient selon les médecins qu’aggraver ses pertes de mémoires, mais ce jour là une force le poussait à agir et à bouleverser son quotidien. Après tout, s’il pouvait exploiter ses rêves pour se comprendre, au risque d’y perdre la vie, le peu d’espoir était à prendre. Il ne voyait plus devant quoi reculer.

 

Aplégique.

Ceci est le  ɹǝıɯǝɹd indice :             
QV HFRH OBXVVM LF OBXVMV. 

 

 

Article lié:

Mr P. Chapitre I

 

2 Réponses à “Mr. P CHAPITRES 2 et 3”

  1. rabelaisblog dit :

    Vite vite !!!!! :D
    Alice

  2. Margot 5 8 dit :

    La suite la suite! :)

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