Mr P – CHAPITRE 4

Posté par rabelaisblog le 18 mai 2012

 

 

IV

 

       Mr P - CHAPITRE 4 dans RECITS mrp-chapitre-4blog Perplexe, face au distributeur, il n’imaginait pas qu’il puisse exister tant de marques. Doliprune, Pomifrol, Jigostèque… Que de noms qui lui étaient inconnus. Il s’arma du peu de chance qu’il avait l’habitude d’avoir, et sélectionna une boite de Boussard. A la demande de la machine, il introduisit vingt yens dans la fente réservée à cet effet. Le rêve en boite dégringola de son piédestal pour atterrir nonchalamment et avec une légèreté toute déplacée dans la main de Patrick. A l’abri de son toit, il ouvrit la boite. Une seule et unique gélule reposait à l’intérieur. Petite et rose, innocente, souriante presque ; on aurait dit une gamine de onze ans en jupe rouge avec une sucette. Pat se rappela qu’il n’avait pas encore avalé la petite fille, ses hallucinations n’étant donc pas vraiment appropriées. Il soupesa son courage. « Nan, de toute évidence… Nan, je ne le ferai pas ». Mais il s’aperçut que le cachet n’était plus dans le creux de sa paume. Au chaud sur sa langue, un importun avait fait intrusion. Il n’avait plus qu’à avaler.

          Pas de feu d’artifice. Il retourna la boite et relut les instructions : « Opère deux à trois minutes après la prise… » Attendre, ça il connaissait mais jamais il n’avait attendu avec autant d’impatience. Ces trois minutes furent sans nul doute les plus longues de son existence. Ne pas savoir si son corps allait accepter le petit nouveau, ou le rejeter vulgairement et assurément avec une délicatesse toute relative, était insupportable. Tester sa raison toutes les secondes, vérifier si les effets commençaient ou pas, à se faire sentir. Une goutte de sueur coula lentement le long de sa tempe, laissant derrière elle son empreinte glacée. Un frisson ébranla le corps crispé qui manqua de se briser, secoué par cette immobilité digne des plus grandes statues grecques. Le vent se mit à souffler, sa tendre caresse fit frémir la peau tendue de Patrick, pourtant il se trouvait dans sa chambre. D’où venait cette effluve qui envahissait la pièce dans ce cas ? Et que faisait exactement son fauteuil assis à la table du salon ? Ne mangeait-il pas une soupe de palourde ? Consterné, il écouta le chant de son réfrigérateur. Il cligna des yeux : sa chambre, l’intérieur de sa paupière, la rue. Toujours de marbre, il scrute l’horizon maintenant constitué d’immeubles titanesques et d’immenses cheminées recrachant leur poumons noirs. Un chat traverse la rue gorgée de pluie. Au ralenti, il parvient au centre de la chaussée désertique. Les lignes de fuite convergent vers l’animal qui est maintenant en face de Pat, il s’arrête. Sa tête pivote avec une lenteur effrayante,  les deux êtres se regardent à présent fixement. Les yeux dans les yeux, aucun ne scille. Dans les pupilles du félin, une lueur orangée scintille, crépite. Une larme s’arrache à cet œil magnifique. Elle rayonne, flamboie de mille feux à tel point que les reflets orange rouges et jaunes que perçoit le drogué à l’autre bout de la rue l’aveuglent. Après un court voyage en apesanteur, elle s’écrase tristement dans un râle d’agonie sur le bitume. Le paysage tangue. Les couleurs se mélangent. La terre tremble, le sol se fissure. Les immeubles s’effondrent au loin, le ciel s’enflamme. C’est une explosion qui résonne dans tout son être.  Il n’en peut plus, c’est trop ! Vite. Fermer les yeux, restaurer sa rétine saturée de lumière, régénérer ses pupilles dilatées, vite. Il clôt avec peine ses paupières et met fin au délicieux supplice. Des vagues blanches se promènent dans le noir. Ces lambeaux de lumière qui fuient votre regard mais qui ne le quittent jamais, les yeux fermés. Ces timides fantômes, entamèrent une danse macabre. Il leur fit la chasse. Les sinueux esprits se prirent par la main, tous en cercle ils se mirent à tourner, à se morfondre dans l’obscurité, à naître du néant, il aurait tellement voulu les rejoindre. Lorsqu’il rouvrit les yeux, tout était redevenu normal. Tout ? Non. La porte d’entrée face à laquelle il se trouvait, était en feu.

          Il avait beau être là physiquement, sa raison était restée derrière. Pendant quelques minutes, il scruta la porte de métal blindé qui fondait sous les coups de crocs des flammes affamées, pourtant les langues brûlantes se turent aussi subitement qu’elles étaient apparues. Rien n’était inflammable ici, sans rien à se mettre sous la dent, elles durent abréger leur séjour. La porte encore grésillante avait cependant déjà connu des jours meilleurs. La porte fondue laissait entrevoir le couloir. Soudainement conscient de la situation, et sans chercher à comprendre d’où pouvait venir cet acte terroriste, il prit quelques affaires et quitta les lieux. Le propriétaire ne serait sûrement pas satisfait de la nouvelle décoration artistique de la porte 42. Il chercherait à comprendre, et surtout à être dédommagé, et ça Patrick ne pouvait se le permettre.

          A quelques rues de là, Marc saurait le recevoir sans poser de questions. Il lui ouvrit en effet sa porte encore en bon état, et l’accueillit avec entrain :
– Bah qu’est c’que tu fais là mec ? Il est juste une heure du matin… Hô, toi t’as pas bonne mine, ça va ?
A ces mots, Patrick lui offrit comme réponse un  panaché du déjeuner de la veille, et de celui de l’avant-veille. Le vomi s’étala, Marc dut reculer pour sauver ses pieds nus.
– Dé…Désolé. Hoqueta Pat entre deux vagues de nausée.
-Pas de problèmes…
-Je…Je peux utiliser tes toilettes ?

 

 Aplégique.

Indice : Peut-être bien que vous devriez regarder l’image d’un peu plus près ou d’un peu plus loin… 

Article lié:

Mr P. CHAPITRE 1

Mr. P CHAPITRES 2 et 3

 

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